mardi 10 novembre 2009

jukebox 2009 # 74



spéciale dédicace à Fabrice : la grande Suzy Solidor, "Ouvre".

samedi 7 novembre 2009

Les solitaires intempestifs

Nous avons trente ans.
Nous croisons parfois quelques gamins qui nous disent : "de ton temps..."
Nous sommes nés à la fin de la Guerre Froide, nous parents ont l'âge de Brigitte Bardot, Johnny Hallyday et Pierrot le Fou.
Ils auraient l'âge de Jean Seberg si elle avait voulu.
Nous sommes les petits frères des fameux enfants de Marx et de Coca-Cola et nos écoles sont restées fermées pendant le mois de mai 1968.
Nous sommes devenus sans nous en rendre compte les aînés de la Génération morale.
Nous faisons l'amour en pensant à la Mort et nous sommes inquiets de la Paix.
Nous sommes Fabrice à Austerlitz : nous ne voyons rien des batailles et des réalités du monde.
Nous sommes amusés de notre propre nostalgie. Nous sommes nourris de nos livres et des livres de ceux qui nous précédèrent.
Nous aimons les chansons qui nous parlent de chansons et les films qui nous parlent de cinéma.
Nous marchons paisiblement dans la peur et la beauté des catastrophes ou des utopies les plus terribles.
Nous ne sommes faits que des souvenirs qu'on nous inculqua.
Nous ne sommes pas des références.



Jean-Luc Lagarce
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viens voir les comédiens # 09



Après "Krum", "Angels in america", "Krol Roger", Warlikowski a de nouveau fait voler en éclats les règles de la représentation théâtrale. Qu'avaient donc Euripide et Eschyle à nous dire sur la Shoah ? La question peut sembler saugrenue mais la réponse n'est pas forcément là où on l'attend. Quatre heures d'un théâtre d'une tension inhabituelle pour prendre le spectateur à la gorge et ne plus lui laisser une seconde de répit. De toutes façons, aucune mort n'a jamais sauvé la vie à qui que ce soit... Bien sûr, il faut un minimum de bagage mais le voyage en vaut la chandelle... Le problème, c'est qu'à force de tant d'épuisement de la forme théâtrale, on va finir par ne plus pouvoir aller au théâtre... l'excellence exige l'excellence... j'arrête avant de déraper... la pièce ne se joue que quelques petits jours à Chaillot (jusqu'au 12 novembre)... si vous en avez le loisir, n'hésitez pas... Les images de ce spectacle risquent de vous accompagner longtemps...
quelle semaine !
ps : dans les images ci-dessus, seules les 4 premières minutes concernent "(a)pollonia". on peut surtout y voir un fragment du passage consacré au sacrifice d'Iphigénie avec la fabuleuse prestation de Maciej Stuhr en Agammemnon.




quelques secondes de la danse de Clytemnestre avec Renate Jett en choreute...

les nuits sans jacno...



faudra nous y faire... Denis Quillard nous a quittés... Jacno s'en est allé...

jeudi 5 novembre 2009

viens voir les comédiens # 08



N'hésitez pas ! La reprise au théâtre de l'Athénée de la version de "La cantatrice chauve" de Ionesco par Jean-Luc Lagarce est une merveille. Exactement le genre de spectacle dont on peut se dire "j'y étais" !

dimanche 1 novembre 2009

la formidable mauvaise vie

Vincent Josse a écrit ceci sur son blog. J'en reprends chaque mot à mon compte.

Encore un livre déversoir dans lequel s'épanche un ego ? Non. Et pourtant il n'est question que de ça dans "la mauvaise vie", l'intime. Dans la vie comme en art, tout est affaire de style. Frédéric Mitterrand en possède. Son écriture est à son image, délicate, cultivée, riche, enlevée. Jamais de complaisance ni de pleurnicherie déplacée. Sa plume est précise comme la prose d'un reporter quand l'auteur décrit les garçons croisés et loués dans les bars de Thaïlande, elle devient éminemment romanesque quand il s'agit d'exprimer son passé, sa culpabilité et ses amours toujours contrariées. Coupable, Frédéric Mitterrand l'est depuis l'enfance. Se sentant très tôt homosexuel, il vit son attirance comme une pulsion diabolique, car elle ne cadre pas avec son éducation bourgeoise. Il se croit seul, se vit seul, différent des copains et ce n'est pas la gouvernante surnommée "la méchante" qui écourtera sa souffrance. Le destin en a décidé ainsi. Le pauvre petit garçon riche souffre et souffrira. Son livre d'ailleurs écrit sous la nette influence de Proust, dit plus de la douleur qu'enfante un certain type d'éducation bourgeoise que de la difficulté à vivre une homosexualité. Mauvaise vie ? Parce qu'il se sent incapable d'être aimé, désiré. Il se décrit "bouchon au fil de l'eau, naufragé" et ne suit qu'un fil, un seul, la voie de l'affect. Lui reviennent en mémoire les garçons aimés sans retour et son grand amour qui l'a dévasté, il parle alors d'un "très vieux tonnerre qui roule encore". Mauvaise vie ? Parce que sa haine de soi l'amène depuis l'âge de 25 ans à payer des hommes, sûr, ainsi, de n'être jamais refusé. Une actrice lui confesse qu'il y a "quelque chose de profondément maladif dans le fait de payer." Il acquiesce, s'avouant "incapable de guérir". Mitterrand réussit une gageure : il trouve un équilibre inoui entre pudeur et impudeur. Description de ses virées en Asie du Sud-Est où il loue le corps des hommes jeunes : "Ces rituels de foire aux éphèbes de marché m'excitent énormément". On peut s'indigner au nom de la morale, mais comment montrer du doigt Mitterrand qui traduit avec tant de nuances et même de poésie ce qu'est "une vie infirme, toute de refoulement et de frustration" ? Si l'on devine en permanence le petit garçon malheureux sous le masque de l'animateur jovial, on perçoit aussi des plaisirs, des lueurs. Ne serait-ce que l'apparition récurrente d'une Deneuve, image distante et divine ou la gentillesse et le brio d'une Sagan. Le plus macho des lecteurs devrait être bouleversé par une telle transparence, une vérité si bien contée, confiée, et non déballée. Un mot résume autant l'être que l'écrivain Mitterrand : c'est l'élégance.

Chronique diffusée sur France Inter le 30 mars 2005, à 7h24 . Je pourrais la redire aujourd'hui avec les mêmes mots, le même enthousiasme .

vendredi 30 octobre 2009

jukebox 2009 # 73



Le délicieux Max Raäbe et le Palast Orchester. Ce soir, à Pleyel (encore)...

autour de mes nuits # 15



Wayne Shorter quartet...
Grande claque à Pleyel hier soir. Une heure trente de tensions entre Debussy, Miles Davis et la musique contemporaine. Mémorable.

mardi 6 octobre 2009

viens voir les comédiens # 07



Non, ce n'est pas Dick Annegarn. Avec sa jolie gueule d'éternel adolescent, c'est juste l'immense Fred Pellerin, le merveilleux conteux de Saint-Élie-de-Caxton. Dans la lignée de Sol et de Gilles Vigneault, ses contes tiennent du miracle entre Gabriel Garcia Marquez et Michel Tremblay. Ce spectacle, "L'arracheuse de temps" (au théâtre du Rond Point jusqu'au 31 octobre) est à hurler de rire avant de vous prendre à la gorge et vous faire pleurer toutes les larmes qu'il vous reste en stock... C'est beau, c'est tendre, c'est hilarant, c'est incroyablement vivant et c'est bouleversant !